Décision de
la Régie du cinéma
relativement
à la demande de révision de classement
du film X-MEN
Le ou vers le 6 juillet 2000, les
examinateurs de la Régie ont visionné le film X-MEN, ci-après le film,
et procédé à son classement dans la catégorie «13 ans et plus».
Le ou vers le 10 juillet 2000,
Twentieth Century Fox, le distributeur du film demandait la révision de ce
classement.
De consentement avec le représentant
du distributeur, M. Claude Chabot, l’audition de cette demande était fixée au 13
juillet à 14 h 30.
Lors de l’audition, Monsieur Chabot était
présent de même que Me France Dionne, conseillère juridique de la
Régie et les soussignées.
À l’appui de la demande de révision, Monsieur
Chabot plaide que le film vise un public de 9 à 12 ans. Ce jeune public connaît
bien les personnages du film puisqu’il achète les bandes dessinées dont le film est
une adaptation et regarde les émissions de X-MEN à la télévision. Il est
habitué au contexte et aux aventures des super héros du film. Selon Monsieur
Chabot, la Twentieth Century Fox voudrait que le film soit classé dans la
catégorie «Visa général» et que ce
classement soit accompagné de l’indication «déconseillé aux jeunes enfants».
Monsieur Chabot souligne que, en
Amérique, sauf au Québec et dans les Maritimes, le film a été classé pour tout
public avec une indication (P.G.).
Selon Monsieur Chabot, il y a
effectivement quelques scènes violentes, mais il faut remettre celles-ci dans
leur contexte. Il s’agit d’une violence
mythique et non pas d’une violence urbaine réaliste comme celle que les
jeunes peuvent voir régulièrement à la télévision, au bulletin de nouvelles
relatant par exemple les «exploits» des gangs de rue de Saint-Léonard.
Pour Monsieur Chabot, c’est l’éternel
combat du bien contre le mal. Cela relève du monde de l’enfance, de la science-fiction, de l’imaginaire,
comme tous ces jeux vidéo où l’objectif est évidemment d’aller délivrer la reine dans son
donjon.
Pour Monsieur Chabot, il s’agit-là
d’une version actualisée des cow-boys et des indiens de sa jeunesse et il
estime que les super héros de X-MEN sont probablement moins violents que
les cow-boys d’autrefois et certainement comparables aux autres personnages des
émissions de télévision que les enfants regardent. Le fait qu’il ne s’agisse
pas d’un film d’animation importe peu selon lui puisque le tout est clairement
impossible et qu’un jeune rompu à cette technologie ne croira pas un instant
qu’on se trouve dans le réel. Dans ce contexte, des scènes comme la
«liquéfaction» du sénateur perdent énormément de leur impact.
D’ailleurs, selon Monsieur Chabot,
les parents n’ayant pas tendance à se méfier de l’animation seront
vraisemblablement plus prudents avec une version «réelle» qu’avec une version
«bande dessinée». Monsieur Chabot convient que le film ne devrait pas être vu
par des enfants de moins de 8 ans et il s’engage à l’indiquer dans la
publicité, si jamais la Régie accordait au film un classement «Visa général,
déconseillé aux jeunes enfants».
Les membres de la Régie ont pris le
dossier en délibéré.
Les membres tiennent d’abord à
souligner certaines caractéristiques du film qu’ils considèrent importantes
pour le classement de l’œuvre. Il s’agit d’une transposition avec des acteurs
d’une bande dessinée qui est vendue sur format papier, en émission de
télévision et qui a fait l’objet d’une adaptation en jeu vidéo. Bien que les
personnages du film soient des acteurs de chair et de sang et non pas seulement
des dessins animés, leur caractère de mutants et leurs facultés exceptionnelles
les situent très clairement dans un monde qui n’existe pas.
Il faut également noter que les bons
mutants sont facilement identifiables, ils sont animés de sentiments nobles, ils
sont les gardiens de l’humanité et les protecteurs d’une jeune fille, ils
acceptent la différence des autres et utilisent la violence pour se défendre ou
défendre leurs idéaux lorsque c’est nécessaire. Ils vaincront les méchants qui
seront punis.
Les soussignées estiment que le film
est monté comme un conte moderne qui, par la magie des effets spéciaux, fait
presque autant «bande dessinée» que si on avait eu recours à des dessins.
Si le rythme rapide et les
nombreuses scènes violentes du film pourraient effrayer un jeune enfant de
moins de 8 ans, les soussignées croient que les plus vieux ne seront pas
troublés par le monde imaginaire de X-MEN. Certaines scènes et
notamment le lien entre
l’introduction du film et la suite pourraient ne pas être comprises par des
jeunes âgés d’un peu plus de 8 ans. Les soussignées ne croient cependant pas
que cette incapacité des jeunes pourrait leur être préjudiciable. Quant à la
terrible affliction de Rogue, la jeune fille qui ne peut avoir de contacts
physiques avec les autres humains, elle pourrait sans doute attirer de la
sympathie chez les jeunes surtout après la scène du baiser qui est très forte,
mais elle ne saurait les perturber outre mesure.
Bref, les membres estiment que des
jeunes de 8 ans et plus comprennent suffisamment l’univers des films de science
fiction et notamment son caractère imaginaire et irréel pour ne pas être
troublé par X-MEN.
Par ces
motifs les membres décident :
D’ACCUEILLIR la présente
demande de révision;
DE CLASSER le film X-MEN
dans la catégorie «Visa général» accompagné de l’indication «déconseillé aux
jeunes enfants»;
DE PRENDRE ACTE de
l’engagement du représentant de la Twentieth Century Fox d’accompagner la
publicité du film de la mention «Non recommandé aux moins de 8 ans».
Montréal, le 13 juillet 2000.
Jeanne L. Blackburn, présidente de la Régie
Marie-Christine Lambert, membre de la Régie
France Morin-Lemoine, membre de la Régie