Décision de la Régie du cinéma
relativement à la demande de
renouvellement
du permis général de distributeur de
HIP Interactive
Le ou vers le 1er mars 2004, HIP
INTERACTIVE (QUÉBEC) INC. (TÉVICA INC., avant le
Ce permis a été émis le
La Régie a décidé de convoquer une audition afin de
s’assurer que l’entreprise avait toujours son principal établissement au Québec
suivant l’article 104 de la Loi sur le cinéma (L.R.Q., chapitre C-18.1), lequel
se lit ainsi :
«104. Peuvent seules être titulaires
d'un permis général de distributeur, une personne physique, une société de
personnes physiques ou une corporation, qui, aux fins de l'exploitation de son
permis, possède une entreprise dont le principal établissement est situé au
Québec.
Aux fins du présent article, le
“principal établissement” est l'endroit où se situe le centre de décision et où
s'exerce la direction véritable de l'entreprise.
En l'absence d'une preuve contraire
établie à la satisfaction de la Régie, le principal établissement d'une
corporation est présumé situé hors du Québec:
1) lorsque la majorité des membres
du conseil d'administration ne sont pas domiciliés au Québec; ou
2) lorsque la corporation est
contrôlée en fait ou en droit par une ou plusieurs personnes physiques qui ne
sont pas domiciliées au Québec, ou par une ou plusieurs corporations dont le
principal établissement est situé hors du Québec. »
De consentement avec Me Paul McClure et M. Ronald
Grimard, cette audition était fixée au mardi
Avant de procéder au résumé du témoignage rendu par
M. Grimard, il importe de revoir l’historique de ce dossier.
Le ou vers le
« Le ou vers le
À la suite de cette audition, les membres de la Régie
décidaient que Monsieur Grimard étant l’âme dirigeante de la compagnie, toutes
les décisions importantes affectant l’entreprise étaient prises de Longueuil. TÉVICA
INC., ayant réussi à renverser la présomption de l’article 104, pouvait
conserver son permis général de distributeur.
Lors de l’audition du
Monsieur Grimard a dressé aux membres de la Régie un
portrait des activités de HIP INTERACTIVE CORP., ci-après HIP, au Canada. Cette
compagnie publique est le leader canadien de la vente de jeux vidéo avec un
pourcentage de 80 % des ventes de jeux sur consoles (XBox, Playstation et
Nintendo) et sur PC. HIP possède également une « division », HIP
GEAR, qui agit dans le secteur des accessoires de jeux vidéo et une autre, HIP
COINS, qui exploite le marché des machines distributrices qu’on retrouve dans
certains cinémas.
Monsieur Grimard rappelle que, suivant le témoignage
qu’il a rendu en 2002, QUÉBEC a effectivement agrandi ses locaux qui sont
passés d’une superficie de 20 000 pi2 à une superficie de
30 000 pi2. Le nombre d’employés a également été augmenté
de 45 à 85. De plus, la « branche de Montréal » comme l’appelle M. Grimard,
est également responsable de la gestion des opérations de distribution de films
pour usage domestique à Mississauga et à Vancouver. M. Grimard précise que les
produits vendus à travers le Canada ont été achetés par l’équipe de Montréal.
C’est également là que sont prises toutes les décisions relatives à la mise en
marché des films. En fait, selon M. Grimard, les employés clés travaillent tous
à Montréal et cela malgré le fait que les opérations réalisées à Mississauga et
à Vancouver le sont pour le bénéfice de HIP et non de QUÉBEC.
M. Grimard explique aux soussignés que le changement
de nom de la compagnie s’explique par les perspectives d’élargissement de sa
clientèle que TÉVICA INC. pouvaient entrevoir en utilisant le nom d’une
entreprise très connue dont les clients, dans le domaine des jeux, sont des
clients potentiels en matière de film pour usage domestique. Le Certificat
de modification émis par Industrie Canada et faisant état du changement de
nom est déposé sous la cote R-1.
Est également déposé sous la cote R-2, le
Catalogue de QUÉBEC pour la période du 19 avril au
Depuis que QUÉBEC a accès au financement de HIP, son
chiffre d’affaires est passé de 45 à 55 millions de dollars. Quant aux bureaux
de Toronto et de Vancouver, ils permettent à HIP d’engranger respectivement 20
et 5 millions de dollars.
Lors de la réception de chèques faits en paiement de
certificats et d’attestations, la Régie avait été surprise de constater le
déménagement des affaires bancaires de QUÉBEC de Longueuil à Mississauga. M.
Grimard explique que ce changement, survenu il y a environ 6 mois, a été motivé
par un changement dans le financement des inventaires et des comptes recevables
de QUÉBEC. Comme Congress Financial Corporation[1]
a été remplacée par HIP, il a été jugé préférable de déménager les affaires
bancaires dans la même succursale que celle utilisée par HIP. La photocopie
d’une formule de chèque est déposée sous la cote R-3. Celle-ci prévoit
deux lignes de signature contrairement aux anciens chèques de QUÉBEC qui n’en
contenait qu’une. Selon un document intitulé CERTIFICATE-OFFICERS, DIRECTORS
& SIGNING AUTHORITIES, déposé sous la cote R-4, si le chèque est
pour un montant supérieur ou égal à 100,000 $, M. Grimard et Mme Suzanne
Casselle, contrôleur de QUÉBEC, ou Mme Linda Bibeau doivent signer, sinon deux
des trois personnes peuvent signer. Quant au pouvoir d’emprunt au crédit de la
compagnie, il est limité à M. Arindra Singh, Chief Executive Officer et
à Monsieur Peter Lee, Chief Financial Officer, tous deux domiciliés en
Ontario. Cette décision, selon M.
Grimard, est toute à l’avantage de QUÉBEC qui jouit ainsi de conditions d’emprunt
plus avantageuses et d’un accès à la marge de crédit de 45 millions de dollars
de HIP. Ce sont messieurs Singh et Lee qui ont ouvert ledit compte tel qu’il
appert de leur signature au bas dudit document R-4.
Monsieur Grimard indique qu’il a l’entière
responsabilité des opérations de QUÉBEC. Le Conseil d’administration ne se
réunit qu’une fois par année. D’ailleurs selon M. Grimard, les membres du
Conseil n’interviennent jamais dans les opérations, ce qui est bien
compréhensible puisque, apparemment, les personnes à l’emploi de HIP, en
Ontario, ne connaissent rien au commerce de films pour usage domestique.
Dans environ deux semaines, les locaux de Longueuil
accueilleront les 10 employés de la succursale de Montréal de Groupe SJS, la
division des jeux vidéo de HIP et son directeur. Ces personnes travaillent
actuellement dans des locaux à Ville St-Laurent.
Deux employés de QUÉBEC travaillent exclusivement
pour HIP. Monsieur Grimard est lui-même très sollicité par les bureaux de
Mississauga et de Vancouver. Alors qu’autrefois, la paie était administrée par
ADP, une firme du Québec, ces tâches incombent maintenant à HIP qui paie tous
les employés. Cette dépense est cependant remboursée de façon comptable par
QUÉBEC. Même si 20 % des efforts des employés de QUÉBEC sont au bénéfice de
HIP, toutes les dépenses liées aux employés de QUÉBEC sont apparemment assumées
par celle-ci. C’est Mme Suzanne Casselle qui dresse les états financiers.
Ceux-ci sont vérifiés par Price Waterhouse à Montréal. Les questions de
fiscalité sont également du ressort de Montréal.
Si à ce jour, aucune charge interne n’a été discutée
pour indemniser QUÉBEC pour le partage de ses locaux avec Group SJS, M. Grimard
ne doute pas que cela sera fait un jour ou l’autre.
M. Grimard dépose sous la cote R-5 un relevé bancaire
des opérations de HIP QUÉBEC. Ce compte est envoyé au bureau de Longueuil.
M. Grimard confirme que le HIP stylisé qui apparaît
sur le chèque P-1 est le logo distinctif de la marque de commerce enregistrée
par HIP. Ce logo est utilisé le plus souvent possible. Est également déposée
sous la cote P-1, la copie d’un contrat signé le
Le témoin rappelle que le changement d’actionnaires a
été motivé par la conjoncture qui n’est pas très favorable aux distributeurs.
QUÉBEC avait le choix entre fermer ou trouver du financement. La situation avec
HIP semble vraiment convenir à M. Grimard qui peut faire ce qu’il veut et
augmenter les emplois au Québec. De plus comme une partie de sa rémunération
est basée sur les profits réalisés par QUÉBEC et par ceux réalisés par les
succursales de Mississauga et de Vancouver, il profite du travail fait à
l’extérieur du Québec.
À la suite de ce long témoignage, Me Dionne a soumis aux
soussignés que les façons d’opérer avaient changé depuis septembre 2002. Elle a souligné l’absence de démarcation qui
semblait exister entre QUÉBEC et HIP. Les salaires payés par Toronto, l’absence
de compensation pour le travail effectué par des employés de Longueuil ou, de
façon plus globale, pour la gestion des deux bureaux de HIP en Ontario et en
Colombie-Britannique. Le changement de succursale bancaire et l’ouverture du
compte par des gens de Toronto laissent également perplexes, de même que toutes
les références à QUÉBEC comme étant une « division » de HIP.
Pour Me McClure, les choses n’ont pas changé depuis
septembre 2002. Monsieur Grimard était alors l’âme dirigeante de QUÉBEC. Tout
indique qu’il l’est encore aujourd’hui. L’utilisation de la marque HIP ne peut
être interprétée pour minimiser l’importance de la gestion par Longueuil des
opérations de QUÉBEC. Par ailleurs le déménagement de la succursale bancaire,
dans la mesure où il permet à QUÉBEC d’assurer un meilleur financement de ses
activités, ne peut non plus être retenu contre elle.
Les soussignés ont pris le dossier en délibéré.
Il est manifeste que QUÉBEC est présumée avoir son
principal établissement hors du Québec. Il est également établi qu’elle a
réussi à renverser cette présomption en 2002 notamment parce que M. Grimard
demeurait à la tête des opérations et qu’il était considéré comme l’âme
dirigeante de QUÉBEC.
Certains éléments mis en preuve laissent les
soussignés très perplexes quant au rôle réel joué par HIP dans la gestion de
QUÉBEC. Si certains changements peuvent apparaître comme des décisions
d’opportunité à l’avantage de QUÉBEC, ils peuvent également être vus comme une
façon détournée d’opérer des contrôles sur les opérations de la compagnie
québécoise, notamment le changement de succursale bancaire et le paiement des
salaires par HIP. Comment ne pas s’interroger sur l’absence de séparation
véritable entre les deux compagnies quand on note la façon de régler la
question des salaires, du loyer, du compte de banque et de son ouverture et de
la gestion de Mississauga et de Vancouver. Les soussignés croient effectivement
que M. Grimard qui possède une expérience reconnue dans le commerce de films
pour usage domestique au Québec est celui qui mène vraiment les destinées de
l’entreprise québécoise. Ils s’interrogent cependant sur la période « post-Grimard »
qui devrait débuter en septembre 2005. La situation du principal établissement
de l’entreprise devra être réévaluée à ce moment.
Par ces
motifs, les
membres de la Régie décident de
Renouveler le permis général de distributeur émis à
HIP INTERACTIVE (QUÉBEC) INC., sous le numéro 800097, et ce, jusqu’au
Montréal, le 23 avril 2004
Jean Lebel, président de la Régie
France Morin-Lemoine, membre de la Régie
[1] Comme M. Grimard ne
pouvait se rappeler le nom de cette entreprise lors de l’audition, ce
renseignement a été transmis à la Régie par son procureur, Me McClure, par
lettre télécopiée le 22 avril.