LE CLASSEMENT DES FILMS AU QUÉBEC
ALLOCUTION PRÉSENTÉE À LA
DIRECCION GENERAL DE RADIO, TELEVISION Y CINEMATOGRAFIA
Mesdames, Messieurs,
Bonjour,
Avant toute chose, je tiens à préciser que je suis très heureuse d'être ici pour témoigner de l'expérience et des pratiques de la Régie du cinéma du Québec en matière de classement des films. Au nom de la Régie, je remercie la Direccion General de Radio, Television y Cinematografia de l'intérêt qu'elle porte à notre travail.
INTRODUCTION
Pour éviter toute confusion, je m'empresse de préciser qu'au Canada, le classement des films est de juridiction provinciale. Il n'y a donc pas de système de classement ayant force de loi à travers le pays. Si certaines provinces ont regroupé leurs opérations de classement, chacune a l'autorité d'intervenir en cette matière en fonction de ses besoins propres. La Régie du cinéma est un organisme de la province de Québec.
UN PEU D'HISTOIRE
Permettez-moi de commencer par quelques mots d'histoire.
En 1913, pour répondre aux inquiétudes que suscitait le spectacle des vues animées, le Québec se dotait du Bureau de censure. Ce bureau déterminait l'âge d'admission aux salles de cinéma et éliminait les passages jugés impropres à la présentation au public en coupant dans la pellicule.
Sur la base de critères d'évaluation qui sont restés assez stables au cours des ans, ce contrôle est demeuré en vigueur jusqu'en 1967. À ce moment, dans la foulée des remises en question amorcées au sein de la société québécoise lors de la révolution tranquille, le Bureau de surveillance du cinéma a succédé au Bureau de censure. C'est alors que deux principes fondamentaux, qui continuent encore aujourd'hui d'éclairer nos orientations, ont été introduits : tout film est jugé dans son ensemble avant d'être accepté ou refusé et l'État n'effectue plus de coupure dans les films. Il procède plutôt à leur classement dans des groupes d'âge fixés par la loi. Ce système répond mieux aux exigences de notre société, puisqu'il permet de protéger la jeunesse tout en assurant l'accès le plus large possible aux uvres cinématographiques.
La Régie du cinéma a succédé au Bureau de surveillance en 1983. En créant ce nouvel organisme, le législateur voulait souligner l'accroissement des responsabilités qui allaient lui être confiées. En plus d'être chargée de classer les films, la Régie a en effet reçu des mandats plus larges de surveillance et de contrôle, notamment en matière de langue, puisqu'elle doit veiller à assurer la présence du français à l'écran. Elle délivre aussi des permis d'exploitation et de distribution et, à la demande des compagnies de distribution, elle assure la protection des droits de distribution, ce qui a pour effet de contribuer à une plus grande diffusion de ses classements puisque ceux-ci figurent sur une étiquette apposée sur chaque cassette ou DVD loués ou achetés.
Depuis que les fonctions de surveillance ont été modernisées en 1967, plusieurs ajustements ont été apportés au système de classement afin de l'adapter aux changements sociaux, aux réalités des jeunes et à l'évolution des caractéristiques de la production cinématographique. Ainsi, les trois catégories en vigueur à partir de 1967 («Pour tous», «14 ans et plus» et «18 ans et plus») ont subi quelques modifications : le «14 ans et plus», qui était restrictif à l'origine, est devenu indicatif et la catégorie «Pour tous» a été remplacée par l'appellation plus neutre de «Visa général». En 1991, les quatre catégories actuellement utilisées et que nous expliciterons plus loin ont été introduites avant que n'entre en vigueur, en 1992, l'obligation de soumettre pour classement le matériel vidéo destiné à l'usage domestique.
LE CADRE LÉGISLATIF
La Loi sur le cinéma stipule que tout film doit faire l'objet d'un classement par la Régie du cinéma avant d'être présenté en public ou d'être proposé à la vente, à la location, au prêt ou à l'échange sur une base commerciale. Toutefois une dispense de classement est prévue dans certains cas, notamment pour les films produits à des fins éducatives ou commerciales, pour les films présentés lors de festivals, etc.
Lorsqu'un film lui est soumis, la Régie procède à son examen. Si elle est d'avis qu'il ne porte pas atteinte à l'ordre public, notamment en ce qu'il n'encourage ni ne soutient la violence sexuelle, elle lui attribue un classement.
Les classements émis par la Régie doivent être affichées de manière à ce que le public puisse en prendre connaissance avant de payer sa place au guichet ou figurer sur chaque exemplaire de cassette ou de DVD. De plus, ils doivent apparaître dans les annonces publiées dans les journaux.
Deux objectifs principaux peuvent ainsi être atteints : protéger les jeunes contre des produits qui pourraient les perturber et fournir à l'ensemble du public des renseignements susceptibles de l'aider dans le choix des oeuvres qu'il voit.
LES CATÉGORIES DE CLASSEMENT
Le système de classement de la Régie comporte quatre catégories : «Visa général», «13 ans et plus», «16 ans et plus» et «18 ans et plus».
Visa général
La catégorie «Visa général» signifie que le film peut être vu sans risque de préjudice par des spectateurs de moins de 13 ans. Cela ne veut pas dire qu'il présente un intérêt pour les enfants, mais simplement qu'il n'est pas susceptible de les troubler. Toutefois, si un film classé «G» risque de heurter la sensibilité des jeunes de moins de huit ans, la Régie ajoute au classement l'indication «Déconseillé aux jeunes enfants».
La violence que peut comporter un film «G» est épisodique, peu intense ou présentée sans complaisance. Le ton et le genre du film peuvent toutefois influer sur le classement, car la violence contenue dans une comédie légère ou un film d'aventures centré sur un héros plus grand que nature n'a pas le même impact sur les enfants que celle d'un film plus réaliste dans sa mise en scène.
La nudité peut être présente, mais les scènes d'amour obéissent à une certaine discrétion. Selon le contexte, certains écarts de langage sont acceptés.
13 ans et plus
La catégorie «13 ans et plus» indique que le film ainsi classé ne peut être vu, loué ou acheté que par des personnes de 13 ans et plus. Toutefois, les personnes de 12 ans et moins peuvent avoir accès au film lorsqu'elles sont accompagnées d'une personne majeure.
Dans cette catégorie, la Régie classe les films qui nécessitent un certain discernement et qui comportent des passages pouvant heurter la sensibilité d'un public plus jeune. Le public adolescent est davantage conscient des artifices du cinéma et il est mieux armé psychologiquement pour suivre des films plus complexes ou impressionnants.
La violence, l'érotisme, la vulgarité du langage ou l'horreur peuvent y occuper une place plus grande et même constituer une caractéristique dominante du film. Le film classé dans cette catégorie doit toutefois permettre de dégager le sens à donner aux personnages et à leurs actions, car les jeunes ne sont pas nécessairement préparés à faire face à certaines réalités.
16 ans et plus
La catégorie «16 ans et plus» indique que le film ainsi classé ne peut être vu, loué ou acheté que par des personnes de 16 ans et plus.
À l'âge de 16 ans, les jeunes se préparent à faire leur entrée dans le monde adulte. Plus autonomes, ils ont généralement atteint une certaine maturité psychologique. Les films classés dans cette catégorie exposent des thématiques, des situations ou des comportements troublants et adoptent un point de vue direct sur les choses. Ils peuvent donc contenir des scènes où la violence, l'horreur et la sexualité sont plus détaillées.
18 ans et plus
La catégorie «18 ans et plus» indique que le film ainsi classé ne peut être vu, loué ou acheté que par des personnes de 18 ans et plus.
Il peut s'agir de films d'une grande violence contenant des scènes de torture, de cruauté ou d'horreur hyperréaliste, mais, dans la très grande majorité des cas, les films réservés aux adultes reposent sur l'exploitation de rapports sexuels explicites.
Refus de classement
La Régie du cinéma ne prononce pas de refus de classement à l'égard des films de fiction, aussi exigeants soient-ils. Néanmoins, il arrive parfois qu'un examen se solde par un refus de classement. Ces cas surviennent presque exclusivement lorsqu'il y a exploitation indue de la sexualité (exploitation de personnes mineures, atteinte à l'intégrité physique, etc.). Ces interventions sont rares puisqu'elles s'appliquent à environ cent titres sur les quelques 12 000 examinés chaque année.
LES INDICATIONS
Des indications peuvent accompagner le classement afin d'attirer l'attention du public sur des aspects dominants du film.
Deux indications peuvent être combinées avec un classement «Visa général» :
«Pour enfants», qui signifie que le film convient particulièrement aux jeunes enfants et «Déconseillé aux jeunes enfants» qui signifie que le film risque de perturber les enfants de moins de huit ans.
Les indications «Langage vulgaire», «Érotisme», «Violence» et «Horreur» peuvent accompagner un classement «13 ans et plus», «16 ans et plus» ou «18 ans et plus». Elles sont utilisées lorsque ces aspects constituent un trait dominant du film.
Enfin, l'indication «Sexualité explicite» accompagne uniquement un classement «18 ans et plus». De façon générale, le film portant cette indication contient des images d'activités sexuelles réelles et explicites. Dans les commerces au détail de matériel vidéo, la présence de cette indication oblige le commerçant à placer le film dans une pièce réservée aux adultes.
LES PARAMÈTRES GÉNÉRAUX
Les décisions de la Régie ne sont pas fondées sur la valeur esthétique, artistique ou pédagogique des oeuvres, mais sur leur impact global et leurs effets probables sur les jeunes spectateurs. Les films sont jugés à la pièce, à partir de leurs caractéristiques intrinsèques, en fonction des traits propres aux différents groupes d'âge et à la lumière des tendances générales que l'on peut observer à l'intérieur de la société québécoise.
Sensibles à la thématique et au traitement des oeuvres, les examinateurs prennent en compte la répétition ou l'accumulation d'images explicites, l'efficacité du montage, l'impact des effets spéciaux et sonores ainsi que les thèmes développés, ils prennent aussi en considération d'autres facteurs qui peuvent influer sur le classement (le genre, le ton et le climat des films, le niveau de vraisemblance, la part de réalisme, la possibilité d'identification des spectateurs, etc.). Certains paramètres, comme le respect dû à la vie, la violence, la sexualité, les atteintes faites aux jeunes, le suicide, les phénomènes marginaux et les questions socialement controversées constituent des éléments fondamentaux de l'examen.
Dans la majorité des cas, les films sont analysés par un jury composé de deux employés permanents qui parviennent généralement à atteindre un consensus. Lorsqu'il y a dissidence, le directeur du classement est appelé à trancher. Dans tous les cas, les examinateurs sont tenus de rédiger une fiche motivant leur décision.
Il arrive parfois qu'un distributeur soit en désaccord avec le classement. Il peut alors demander une révision. La présidente de la Régie et les régisseurs revoient ensuite le film et entendent les arguments du distributeur avant de rendre leur décision. Celle-ci est sans appel.
UN REGARD VERS L'AVENIR
Tout indique que la population québécoise est satisfaite du travail qu'effectue la Régie du cinéma, car nous recevons très peu de plaintes et, depuis de nombreuses années, aucune décision n'a suscité de remous dans la presse ou sur la scène publique. Mais des sondages récents, les développements technologiques et les besoins changeants de la population nous obligent actuellement à réfléchir à certains aspects de nos activités de classement.
Présentement, notre système de classement passe du «Visa général» au «13 ans et plus». Cet écart est très grand et ne tient pas compte des changements majeurs qui surviennent vers l'âge de sept ou huit ans alors que les enfants commencent à distinguer la réalité de la fiction. Nous nous penchons sur la possibilité d'introduire une nouvelle catégorie qui correspondrait à ce stade important du développement.
Alors qu'il est permis aux enfants de 12 ans et moins de voir des films classés «13 ans et plus» lorsqu'ils sont accompagnés d'un adulte, la catégorie «16 ans et plus» est strictement réservée aux personnes ayant franchi cet âge. Nous envisageons donc d'autoriser les jeunes de moins de 16 ans accompagnés d'un adulte à voir les films classés «16 ans et plus».
La Régie du cinéma s'est interrogée de manière périodique sur la pertinence et la nécessité de soumettre les jeux vidéo au classement. Chaque fois, tenant compte des caractéristiques visuelles des jeux, lesquelles étaient moins développées que celles du cinéma, elle a répondu par la négative. Depuis quelques années, nous observons toutefois que les jeux présentent des images dont le rendu est presque hyperréaliste et que les scénarios qui leur servent de trames constituent en soi de véritables films. En outre, en plus d'être dotés de ces caractéristiques, certains jeux font non seulement montre d'une violence inédite, mais permettent à l'utilisateur de la perpétrer à satiété sans coup férir. Devant cette situation, la Régie du cinéma étudie à nouveau la pertinence de classer ce type de produit.
Enfin, alors que l'accès aux œuvres est de plus en plus facile à partir du domicile, la Régie estime qu'elle sera appelée à jouer un plus grand rôle d'information auprès du public et particulièrement des parents. Aussi, elle se prépare à mettre en place des mesures afin de mieux faire connaître ses classements, de mieux expliquer ses décisions et de contribuer à former des jeunes plus aptes à comprendre les médias.
La Régie du cinéma du Québec est donc appelée à passer d'une approche traditionnelle, basée sur le contrôle des commerçants et des exploitants, à une approche mieux adaptée aux préoccupations et aux besoins contemporains des consommateurs. Dans cette perspective, les classements et les indications, au lieu de constituer l'unique source de renseignements fournis par la Régie, constitueront des informations parmi d'autres à partir desquelles le public pourra prendre des décisions éclairées dans leur choix de films.
En cette ère de développement accéléré où l'accès aux images est inégalé, des défis nouveaux se posent pour les organismes comme le nôtre. Convaincus de rendre un service public nécessaire et souhaité par la population, nous croyons qu'il faut nous ajuster à la situation contemporaine en adaptant nos pratiques aux réalités et aux besoins d'aujourd'hui. À cet égard, le passé est garant de l'avenir, car si nous sommes ici pour en parler maintenant, c'est que, au cours des trente-cinq dernières années, nous avons su procéder aux changements que les événements rendaient nécessaires.
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