Chroniques et études

L'état de la question de l’éducation cinématographique en France, en Belgique et au Québec



L’état de la question de l’éducation cinématographique
en France, en Belgique et au Québec :
Perspectives comparées

par Nathalie Lacelle
Communication présentée au congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas), mai 2004


Congrès de l'Acfas 2004Alors que le cinéma québécois est en effervescence et qu’il se fraie un chemin sur le plan international, nous nous demandons si le Québec est au diapason des grandes nations francophones en matière d’éducation cinématographique. Nous comparerons les voies empruntées par le Québec, la France et la Belgique (communauté française) en matière d’éducation cinématographique au secondaire, en traitant des politiques gouvernementales, des programmes touchant cette discipline et de la formation des enseignants.

La première question qui surgit lorsqu’on parle d’éducation cinématographique est de savoir ce qu’elle désigne. Est-ce une éducation au moyen d’un film à l’école? Ou une éducation au cinéma en tant qu’objet? Dans un cas, le film est vu comme un moyen d’appuyer un autre média, soit l’œuvre littéraire ou une autre discipline, telle l’histoire. Il est souvent utilisé pour son contenu et ne demande pas une étude approfondie de sa forme. Dans l’autre cas, le cinéma est vu pour lui-même, son histoire, son langage, son esthétisme... Il est l’objet étudié. Entre l’entrée du cinéma dans les écoles, son utilisation comme support aux disciplines scolaires et la reconnaissance de son langage comme objet d’enseignement, il y a des pas que certaines nations ont franchis et que d’autres tardent à faire. Nous pourrions croire que de la méfiance qu’inspirait la nature divertissante du cinéma jusqu’à la vénération de son art, il existe une évolution des perceptions des milieux scolaires et des gouvernements quant à son intégration dans l’école. Or, chacune de ces visions coexistent dans l’esprit des enseignants et se traduisent par de nombreuses hésitations à reconnaître l’intérêt de l’enseignement du film dans les cours. La principale résistance des enseignants provient toutefois du manque de formation dans le domaine.

L’intégration du cinéma à l’école a bénéficié de deux poussées technologiques : le développement de l’audiovisuel dans les années 80 et l’entrée des TIC à l’aube du troisième millénaire. Il est beaucoup plus facile aujourd’hui avec le DVD et les projecteurs grand écran de reproduire l’atmosphère de la salle de cinéma dans les classes. Le DVD permet aussi l’arrêt sur image, le travail de séquences et est parfois accompagné de parcours didactiques. De plus, grâce aux caméras numériques et aux ordinateurs, il devient facile de réaliser des courts métrages et d’en faire le montage.

Ce détour par l’accessibilité de la vidéo et du DVD vise à démontrer que la technologie n’est plus un obstacle à l’entrée du cinéma dans les écoles comme acte créatif ou de visionnage, mis à part les droits d’auteurs qui peuvent empêcher l’exploitation de certaines œuvres ou encore entraîner des frais élevés. L’un des obstacles majeurs soulevés en France, au Québec et en Belgique est l’absence de fondements didactiques pouvant déboucher sur des démarches pédagogiques faciles d’utilisation pour les enseignants.

Jacquinot (1990) s’alarmait de l’absence d’une didactique filmique tout comme Visy (2002) et Bergala (2003) qui s'emploient davantage à redéfinir l’enseignement du cinéma non plus comme le décryptage d’une image fixe, mais avec toutes ses spécificités. Bergala (2003) critique le recours trop fréquent à la sémiologie de l’image pour aborder le film dont il considère l’analyse similaire à celle d’un tableau. Il croit aussi qu’il faut passer par l’expérience de la réalisation d’un film pour en saisir le langage.

Cela se traduit dans les programmes d’enseignement, revus pour la réforme débutant en 2001 en France de la maternelle au lycée, par la reconnaissance du cinéma comme art et comme langage. L’image occupe dans les programmes et les textes officiels récents une place plus importante en tant que support d’apprentissage et objet d’étude. L’éducation à l’image devient une des missions affirmées de l’Éducation nationale dans sa dimension citoyenne comme éducation aux médias, et dans sa dimension disciplinaire. Les documents d’accompagnement des programmes incitent à la mise en relation des œuvres littéraires et d’autres formes artistiques, le film en particulier.

Au collège, l'étude conjointe d'une œuvre littéraire et de son adaptation cinématographique est recommandée afin de comparer les modes d'expression respectifs de ces deux formes artistiques. La Belgique prévoit aussi dans ses programmes une place à l’enseignement du film aux côtés du livre. Elle considère l’éducation aux médias, dans laquelle elle inclut explicitement l’éducation au cinéma, comme l’acquisition de langages. L’analyse du discours cinématographique fait partie des compétences transversales de la réforme récente de la formation scolaire fondamentale et secondaire. Son Conseil de l’éducation aux médias s’assurent de faire les recommandations nécessaires au gouvernement pour introduire l’enseignement du langage cinématographique et assurer éventuellement des cours en formation initiale des enseignants.

Au Québec, l’éducation aux médias constitue un des neuf domaines transversaux de la réforme prévue au deuxième cycle du secondaire en 2005. Le cinéma n’y est pas mentionné quoiqu’on parle d’œuvre médiatique et que le terme média est suivi d’une énumération dans laquelle le film pourrait se tailler une place importante.

À part le manque de fondements didactiques, un aut

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